Ce n’est pas de la petite bière
Ça commence à l'aéroport international de Malabo. Un bar à la sortie de l'aérogare (deux petits préfabriqués de 4 mètres sur 2 et une dizaine de tables avec parasols posées sur l'herbe), accueille des voyageurs en attente, des employés de l'aéroport, des militaires, des gendarmes, ou les chauffeurs de taxi... Tout le petit monde qui gravite autour d'un aéroport vient siroter une San Miguel ou une Heineken, parfois un verre d'alcool fort.
Rien de bien remarquable, sauf que la Guinée Équatoriale, ce petit État de 500 000 habitants (officiellement), semble sous l'emprise d'une consommation excessive. Ainsi, me confiera-t-on, la consommation d'alcool est « la première activité, avant le travail ». Un Camerounais - la communauté Kamer participe activement à ce sport national - relativise cependant, il s'agit plutôt « de la seconde occupation après le travail ».
Bacchus s’invite partout, même dans les endroits les plus inattendus. Lors de la garden-party présidentielle du 3 août (cérémonie d'anniversaire du putsh de 1979 mené par l'actuel président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo), deux gardes présidentiels camouflent du vin dans une canette de Coca-Cola. Ou encore pendant la pause-café du matin, à la 60e session du Comité régional de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), réuni à Malabo du 31 août au 3 septembre : des participants vident une bouteille de bière accoudés à une Mercedes sur le parking extérieur.
Les volumes produits par l'une des principales usines de bière du pays seraient telles qu'un officiel étranger s'interroge : « Que peuvent bien faire les Équato-Guinéens de telles quantités ? À se demander s'ils ne les mettent pas dans leur réservoir ! » Et ces excès commencent à être dramatiques.
La ville de Malabo, qui dispose d'infrastructures routières modernes (autoroutes à trois voies par exemple), compte chaque samedi soir les victimes directes ou indirectes des accidents de la circulation. Un conseil court désormais les rues de Malabo : « Si tu sors le samedi soir, c'est moins dangereux d'emprunter les petites routes. » Quelle ironie pour ce pays doté de belles autoroutes goudronnées...
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