D’où ce défilé qui se veut grandiose sur le boulevard Alfred Raoul. Parmi les autorités qu’une bonne partie du public est venue admirer, quatorze chefs d’État étrangers. L’affluence des grands jours. Au fur et à mesure que les présidents arrivent, accompagnés presque tous de leur tendre moitié, ils sont annoncés par le maître de cérémonie. Ils reçoivent les honneurs militaires, s’inclinent devant le drapeau avant de s’installer à la tribune officielle. Pour les plus connus comme Wade, Kabila, Compaoré, Bongo, Bozizé, Déby, Gnassingbé, Toumani Touré, Biya, Yayi Boni, Dos Santos, tout se passe bien. Le speaker les annonce avant même qu’ils aient posé le pied sur le long tapis rouge.

Mais il y a les moins connus, à l’instar de Rupiah Banda, président de la Zambie ou Namadi Sambo, vice-président du Nigeria. Ils sont annoncés alors qu’ils saluent le drapeau, c’est-à-dire au bout du parcours ! Quant à Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine, son nom n’est même pas prononcé par le protocole. Quidam d’un jour, on le voit partagé entre l’envie de marcher sur le tapis rouge ou sur le côté.

« Pour uniformiser nos jambes »

Le défilé est surtout militaire. Un hélicoptère survole la place, montrant trois parachutistes accrochés à une corde et planant dans le ciel de Brazzaville. Plus tard, des Soukhoïs (avions militaires russes fabriqués par Soukhoï Corporation) lui emboîtent le pas. Défilent ensuite des soldats venus du Bénin (leur pas lent bien étudié a enflammé l’assistance), du Maroc, de Libye, du Cameroun, du Gabon, d’Angola, de France, avant que les Congolais ne prennent le relais. Puis suivront toutes sortes d’engins militaires, sans doute made in China, si je m’en tiens au nombre de clichés pris par un diplomate chinois, la mine ravie. Les antiques et terribles orgues de Staline, de l’époque soviétique, ne sont pas en reste.

Une nouveauté à l’occasion du cinquantenaire : des femmes appartenant à certaines unités de l’armée défilent vêtues d’un uniforme bien coupé (veste et jupe). Mais mon regard se pose longuement sur leurs jambes cachées par… des collants chair ! Bizarre dans cette ambiance équatoriale. « C’était pour uniformiser nos jambes », m’expliquera, le lendemain, une amie militaire.

« Cinquante ans de coiffure »

Boulevard Alfred Raoul, le défilé traîne en longueur : près de quatre heures, et les forces vives ne sont pas encore passées, à part les militaires, une troupe de jeunes danseurs et les agents municipaux. C’est ce moment que choisit le speaker pour annoncer brutalement la fin de la partie. Les forces de l’ordre barrent le passage. Trop tard : une femme s’est déjà engagée. Elle avance, seule, portant une pancarte sur laquelle on peut lire : « Cinquante ans de coiffure ».

Après cette scène insolite, les excellences ne tardent pas à quitter les lieux. Il a été affecté à chaque délégation présidentielle trois Mercedes, sans compter les Peugeot. José Eduardo dos Santos est, lui, sorti du lot : il est venu à Brazzaville avec ses propres véhicules blindés : des 4X4 Mercedes. De quoi irriter ses pairs. Mais ce n’est pas pour rien qu’il est puissant.