Vague amertume. Cette Coupe du monde n’est vraiment pas tout à fait comme les autres pour les Marocains. S'ils se réjouissent qu’elle ait enfin eu lieu en Afrique, ils n’oublient pas que leur pays a failli l’accueillir. « L’Afrique du Sud a fait du très bon travail. Mais on ne peut s’empêcher d’imaginer ce que cela aurait été si c’était nous qui l’avions organisée », confie Hamid, patron d’un café de l’Agdal, à Rabat. Il se prend alors à rêver : « Ça aurait boosté notre économie, les cafés et les hôtels auraient été pleins, et le Maroc aurait pu se faire beaucoup de publicité. » Tous les clients ne partagent pas son avis.
« Je suis content que nous n’ayons pas été choisis. Nous sommes encore trop pauvres pour organiser une compétition de cette envergure. Je préfère que cet argent aille ailleurs, dans la lutte contre les bidonvilles ou dans l’éducation. D’autant que ça n’a pas vraiment une forte incidence sur l’économie du pays », tempête Nabil, étudiant. Mais la vraie frustration est ailleurs. 82e rang au classement de la FIFA, les Lions de l’Atlas ne rugissent plus depuis longtemps. « On n’arrête pas de parler des exploits des équipes africaines. Mais tout le monde a oublié que le Maroc était la première équipe africaine et arabe à atteindre les huitièmes de finale en 1986, ou que nous étions classés 10e à l’issue de la Coupe du monde 1998 ! »

« Heureusement, qu’il y avait l’Algérie ! », s’emporte Amal. Entendre cette phrase dans la bouche d’un Marocain a quelque chose surprenant. Et pourtant ! Drapeaux et maillots des joueurs algériens : de Rabat à Agadir, les Marocains sous les couleurs des Fennecs sont sortis dans la rue pour soutenir « les derniers arabes et les seuls Maghrébins de la compétition ». « Je suis sûr que dans le cas inverse, les Algériens nous auraient soutenus », suppute Amal.
Mais ce sont d’autres voisins, espagnols cette fois-ci, qui ont gagné la fameuse Coupe du monde. Et encore une fois, les dissensions entre les deux pays se sont tues pour faire place, dans les rues de Casablanca et de Tanger, à une explosion de joie. « La Coupe n’est qu’à quelques kilomètres de nous », s’est enthousiasmé un Marocain le soir de la finale. De là à compter sur le foot pour rapprocher les peuples, il n’y a qu’un petit pont.