Ce cas m’a poussé à me poser quelques questions sur la liberté de la presse. La liberté consiste-t-elle à tout écrire, sans aucune limite ? Est-ce que les lecteurs rwandais n’ont d’autre préoccupation que celle de connaître les frasques, réelles ou imaginaires, des uns et des autres ? Sans chercher à donner de leçon à qui que ce soit, je suis convaincu du contraire. Il n’y a pas au monde une seule école de journalisme où l’on n’insiste pas sur la hiérarchisation de l’information. Dans la mer des nouvelles qui nous arrivent, nous sommes tenus d’opérer des choix, aussi arbitraires soient-ils, pour ne retenir que le plus significatif. On me dira que la notoriété est un critère objectif dans le traitement d’une information par rapport à une autre. J’en conviens. Mais qu’apprend réellement un lecteur lorsqu’on lui parle d’une liaison extraconjugale, réelle ou supposée, entre deux hauts cadres du pays ? Rien : c’est de la banalité.

Il m’arrive de me demander, en lisant certains confrères, si un journal doit être utilisé pour régler des comptes personnels. Pourtant, nous sommes régis par une déontologie dont le strict respect doit être notre seule règle de conduite. Je m’imagine bien la souffrance de ceux dont la vie privée est ainsi étalée sur la place publique. Mais aussi celle de leurs conjoints et des membres de leurs familles. Je retiens aussi la sagesse du juge. Il a préféré ne pas suivre le ministère public qui réclamait une peine de prison pour le confrère et la fermeture définitive de son journal. Là aussi, je me demande si les délits commis par des journalistes doivent être sanctionnés pénalement. Je crois sincèrement que ce n’est pas une bonne chose. Sinon, ce serait tuer la presse et tout ce qu’elle représente de positif : un thermomètre du bon fonctionnement de la démocratie. Malgré les dérapages de certains d’entre nous.