Ce faisant, les journalistes, de RFI, du « Monde », du Figaro, de Reuters, de TV5 Monde, du New York Times, des confrères venus d’Afrique, d’ailleurs et votre humble serviteur, se sont retrouvés dans un petit hôtel aux allures de gîte rural tenu par Madame Li, une chinoise établie au Gabon depuis vingt ans. Pour couvrir cette élection marquée par les replis identitaires, « l’ethnie » ultra minoritaire et fort controversée des médias en a fait son repaire pour des raisons qui m’échappent. Bien sûr, le Wi-Fi gratuit offert par notre logeuse a attiré la profession. Mais ce n’est pas tout. Ont-ils voulu se retrouver entre soi pour échapper au harcèlement des différents états-majors rivaux ? C’est probable, tant les hall des grands hôtels de la ville fourmillaient de dogmatiques ayant la certitude de détenir la vérité tandis que le mensonge c’était les autres…En emménageant dans cet immeuble à la fois tranquille et discret de la Montagne sainte, certains confrères voulaient se soustraire à l'influence des manipulateurs et autres propagateurs de fausses nouvelles. Il faut dire qu’au cours de cette période de transition, la presse internationale marchait déjà sur une corde raide tendue par Madame la ministre de la Communication, Laure Olga Gondjout, une tutelle fort susceptible, qu’il valait mieux ne pas contrarier. L’accréditation, certes délivrée à la tête du client, ne mettait nullement à l’abri d’une expulsion. Un métier à risques on vous dit… D’autres ont promis de revenir pour avoir goûté aux omelettes mitonnées par la brave tenancière, qui s’est fait un devoir de restaurer des hôtes affamés alors qu’il n’y avait pas un seul restaurant d’ouvert depuis plusieurs jours.

Mais, Madame Li a également dû faire preuve d’une incroyable patience à l’égard de cette clientèle stressée, qui a reproduit le capharnaüm des salles de rédaction dans son hôtel propret. Ainsi la tenancière a-t-elle dû les laisser fumer dans les couloirs, vociférer leurs articles au téléphone tard dans la nuit ou encore vider des canettes de bière à l’entrée de l’établissement, tuant l’ennui assis à même le trottoir de la rue déserte. Quel quatre étoiles aurait laissé passer des câbles par la réception parce que l’on essayait de capter un signal à l’extérieur ? Elle aurait bien pu nous expulser. Elle ne l’a pas fait.