Les perdants, et c'est toujours la même rengaine, crient à la fraude. Ce que les vainqueurs contestent tout en savourant leur victoire. La vocation d'une opposition est-elle toujours de gagner, même quand tout son programme se résume en quelques slogans ? Et celle du pouvoir en place de toujours tricher pour ne pas perdre ?

Je suis arrivé à Brazzaville le 10 juillet, dernier jour de campagne. Et j'ai assisté aux derniers meetings des candidats. Chez le président sortant il y avait une débauche de moyens. Vêtements, casquettes, véhicules et toutes sortes de gadgets occupaient le décor. Il y avait foule aussi. Est-ce parce que, comme l'a dit l'opposition, tous ces gens avaient reçu chacun une poignée de francs CFA, un t-shirt, un pagne et je ne sais quoi d'autre qu'ils sont allés nombreux au dernier au meeting de Denis Sassou Nguesso ? Ou s'agissait-il de vrais partisans ?

Je me suis ensuite retrouvé au dernier meeting des six candidats de l'opposition radicale. Il y avait du monde, certes, mais pas comme dans l'autre camp. Et puis, je n'ai rien remarqué de spectaculaire, quelque chose qui pouvait attirer la foule. J'ai noté que l'essentiel du discours était la dénonciation du pouvoir en place, incapable de procurer le moindre bonheur aux Congolais. Un pouvoir qui, sentant sa fin approcher, a tripatouillé les listes électorales, recruté par milliers des électeurs zaïrois payés très cher pour voter à la place des Congolais. Et pour faire échec à toutes les magouilles, les sept prônent le boycott du scrutin. Mais ils se gardent de se retirer du processus électoral. Ce paradoxe m'a frappé et je n'arrive pas encore à me l'expliquer. Pourquoi cette opposition dite radicale, si elle était sûre d'avoir gagné la confiance du peuple congolais, a-t-elle choisi d'avoir un pied dedans et un pied dehors ?

Le 12 juillet, jour de l'élection, j'étais debout à 5 heures du matin. A 6 h, je quitte mon hôtel pour aller voir ce qui se passe dans les centres électoraux. Selon la loi électorale, le scrutin doit se dérouler de 7 h à 18 h. Première surprise : les rues de Brazzaville sont quasiment désertes. La raison ? Les autorités ont décrété ce 12 juillet "ville morte". Ne circulent que les véhicules munis d'un laissez-passer et pour les besoins de l'élection. Comment vont faire alors ceux des électeurs dont les noms figurent sur des listes se trouvant dans des arrondissements où ils n'habitent pas ? Deuxième surprise : à 6 h 22, je me retrouve dans un collège de Ouenzé, un quartier nord de la capitale congolaise. Les agents électoraux sont encore en train de faire le ménage. A 6 h 51, même scénario dans un deuxième centre où rien n'est prêt. J'arrive dans un troisième centre à 7 h 10 : le ménage est fini, le matériel électoral commence à venir alors qu'une dizaine d'électeurs attendent déjà. Ce 12 juillet, rares étaient les centres électoraux à avoir commencé les opérations de vote à l'heure prévue dans la loi électorale. Je me suis alors demandé s'il était normal que des responsables se montrent aussi désinvoltes le jour d'une élection présidentielle. Et qu'ils se permettent, après avoir démarré en retard, de fermer les bureaux à 18 h.

J'ai également été surpris de remarquer qu'il y avait, dans la plupart des bureaux, seulement deux ou trois représentants des candidats au lieu de sept. Où étaient donc passés les autres ? Et pourquoi, pour une élection aussi importante que celle-là, les dépouillements des résultats se sont faits à la bougie et à la lampe à pétrole ? J'aimerais bien comprendre.