En 1983, année de la sortie de l’album « Thriller », Dakar, Abidjan, Libreville, …, ont toutes été conquises par Michael Jackson. Les plus âgés qui ont dansé sur les tubes de Diana Ross et les Supremes, des Temptations ou encore des Commodores, autant de groupes afro-américains mythiques, connaissent bien sûr le petit Michael et ses quatre frères des Jackson 5. Mais, là c’est différent. Le gamin joufflu aux grands yeux noirs innocents et à la voix haut perchée a bien grandi. En plus, il débarque avec quelque chose d’extraordinaire à l’époque : les clips vidéo ! Images que la jeunesse dorée s’arrache à l’école pour les regarder ensuite à la maison sur les lecteurs vidéo devenus très à la mode. C’est le début de la « michaelmania ». Le « moonwalk » et toutes ses chorégraphies spectaculaires ont vite fait de séduire ceux qui n’étaient pas déjà tombés raides devant ses performances vocales et musicales. Le phénomène Jackson, combiné la montée en puissance du cinéma d’action américain, a sans aucun doute été l’une des causes de la passion soudaine de millions de jeunes africains pour les States, comme on disait au siècle dernier. Passion ravivée depuis l’installation à la Maison Blanche, de Barack Obama. Il est vrai que les années Bush ont freiné les ardeurs. Mais ça c’est une autre histoire.

« Michael Jackson est mort, thiey Yallah, artiste bou rey leu (hé Dieu, c’est un grand artiste, en wolof) ». Le 26 juin alors que la nouvelle du décès de Michael s’est déjà répandue à travers le monde comme une traînée de poudre, à Dakar, chacun y va de son commentaire. Sa voix, sa transformation physique et son teint blafard, ses prestations grandioses, les accusations de pédophilie. Mais surtout, ce qui intéresse, dans ce pays à 95% musulman, c’est sa religion. Michael était-il musulman ? Pour beaucoup, cela ne fait aucun doute. « Si ce n’était pas le cas, il n’aurait pas chanté le prophète de l’islam » jure-t-on tandis que des radios locales passent « Give thanks to Allah », un titre qu’il aurait enregistré au Bahreïn en 2005 avant de se convertir à l’islam. Mais, qui sait si c’est vraiment lui qui l’a chanté ?

Aujourd’hui en tout cas, je me souviens, comme beaucoup d’ados du continent des années 80, d’avoir aimé Michael d’un amour fou. S’il est vrai que les posters ont disparu des murs de ma chambre (encore heureux), que je n’ai aucune idée de l’endroit où j’ai pu garder le gant blanc pailleté, la centaine de pins, la serviette de bain, la casquette, le blouson rouge (vu dans le clip Beat it), le réveil matin et tous ces autres trucs à l’effigie de mon ancienne idole, j’ai soigneusement conservé dans des valisettes une quarantaine de cassettes (Jackson 5, The Jacksons, Michael Jackson et Best of) et de vinyles à réécouter entre nostalgiques. Car, maintenant qu’il nous a quittés, les producteurs vont nous servir du Michael à toutes les sauces. Même les plus indigestes. De belles recettes en perspective, n’est-ce pas ? Et tant pis si on massacre l’œuvre de l’artiste. On a bien entendu des versions techno des plus beaux succès de Bob Marley!