« Parce que si vous êtes tunisiens, je n’ai pas le droit de vous laisser boire de l’alcool en terrasse ». En fait de terrasse, trois tables coincées dans 6 m² empruntés au large trottoir de la chic avenue Bourguiba à Tunis, encadrés d’énormes pots de plantes vertes – plutôt déplumées les plantes -, signalent l’entrée de ce restaurant où nous avons échoué. « Echoué » est le mot : celui où nous avions prévu d’aller, dans une rue adjacente, s’est révélé fermé. C’est dimanche, il est déjà tard (enfin, 21 h passée), et il n’y pas grand chose d’ouvert dans les environs. Du coup, on avait atterri là. L’enseigne et la façade étaient soignés. L’important était de pouvoir s’asseoir et discuter entre deux coups de fourchette. Sans velléité gastronomique mais de préférence avec un verre de vin.
Un serveur, cravate et costume de rigueur bien qu’un peu fatigués, nous a accueillis, tout sourire. Nous invitant d'un geste à entrer. Bizarre : un sentiment fugace de déjà-vu m’a traversée au moment de franchir la porte. Je suis entrée la première, D., mon ami, sur les talons. Là, d’un coup, le plafond m’est comme tombé sur les épaules : la salle, sans fenêtres, peuplée de tables et de chaises en bois. Des néons tombe une lumière glauque. Un bar, au fonds. Et des hommes attablés, ci et là, un verre à la main. Pas une seule femme. A part moi, qui viens d’entrer. Et tous les regards de la salle braqués sur nous... Cherchez l’intrus.
Demi-tour dans un sourire. « On peut manger dehors ? », je demande. D. préfère lui aussi. Le serveur à cravate fatiguée acquiesce et on se glisse dehors à une table dressée entre les pots de fleurs. C’est en effet beaucoup mieux à l’air libre. On a vite passé commande, j’avais faim. On nous sert. Et voilà le serveur, qui avait pris la commande, tout noté, et les plats et le vin, puis qui avait servi le tout… le voilà qui revient une demi-heure plus tard pour nous demander si nous sommes tunisiens ?… Cherchez l’intrus.