Casablanca, un grand hôtel quatre étoiles, un soir d'avril 2009. Une jeune femme, fraîchement débarquée de l'avion, vient de prendre possession de sa chambre. Ses valises à peine déposées, elle descend à la réception, son ordinateur portable sous le bras. Car elle n'est pas venue en touriste, mais est envoyée par un important cabinet luxembourgeois dans la finance pour trois jours intensifs de rendez-vous d'affaires et autres séminaires de travail. Et elle a besoin de consulter ses mails sur sa boite aux lettres professionnelle avant d'entamer son marathon le lendemain. Elle s'assied donc dans l'un des confortables fauteuils du bar qui jouxte la réception, là où on lui a indiqué qu'elle pourrait se connecter au réseau wi-fi de l'hôtel. Trois employés vaquent à leurs occupations, derrière le comptoir et dans la salle, quasi déserte à cette heure. L'un d'eux a l'air d'être le responsable. Tiré à quatre épingles, il semble donner des ordres aux deux autres. Tout occupée qu'elle est à consulter ses mails et à établir son programme de travail, la jeune luxembourgeoise veut commander un jus de fruit pour se rafraîchir. Sauf qu'aucun des serveurs présents ne semble pressé de venir prendre sa commande et ce sont des éclats de rire qui finissent par la tirer de sa bulle Internet. Les trois employés discutent et plaisantent entre eux en arabe, peu soucieux de discrétion : « Celle-là, je vous le dis, elle doit boire comme un trou ». Intriguée, la jeune femme tend l'oreille, tout en continuant de taper sur le clavier de son ordinateur. Et la discussion du trio de se poursuivre: « Une fois qu'elle a bu, je te parie que je fais d'elle ce que je veux ». Tous trois sont en verve salace et la surenchère se fait de plus en plus vulgaire... Or en fait de « luxembourgeoise », la jeune femme est française. Et d'origine tunisienne, l'arabe ne lui est pas une langue étrangère. Elle comprend donc tout ce qui se dit en sa présence, et prend conscience que c'est... d'elle-même qu'ils causent en ces termes peu amènes ! A ce moment, l'un d'eux s'approche de sa table. « vous désirez boire quelque chose, Madame? ». Le fixant droit dans les yeux, elle commande son jus... en arabe. La garçon rougit. Et celui des trois qui semble être le responsable accourt à son secours. Il s'emmêle dans des explications laborieuses. « Smehelna Madame, on ne pouvait pas savoir... On n'imaginait pas que... » Et formule ce qui se veut des excuses: « On ne savait pas que vous étiez arabe, Madame » Silence glacial en réponse. Car une - triste – constatation s'impose ici : au lieu de se montrer désolé des propos – impardonnables de grossièreté – qu'ils ont échangés en sa présence, il s'excuse plutôt du fait... d'avoir été compris !