L’air agacé mon ami me dit : « barrage del flouss », entendez, barrage d’argent. Il me raconte alors sa lassitude de devoir, bien souvent, au terme d’une longue conversation et d’un interminable marchandage, céder 20 dirhams aux forces de l’ordre pour une faute qu’il n’a pas commise. La situation, bien qu’anecdotique, est en réalité très révélatrice et montre à quel point la corruption reste un geste quotidien pour beaucoup de marocains. Plus grave, c’est l’existence même de cette corruption qui fait dire aux détracteurs du nouveau Code de la route marocain qu’il ne sert à rien d’augmenter les amendes en cas d’infraction, car cela ne fera que rehausser le montant des bakchichs. En un mot, inutile de réformer ou de moderniser la loi quand sa bonne application n’est pas assurée. Il aurait sans doute fallu, sur ce chemin bucolique, que soit posté celui que l’on a nommé le sniper de Targuist. Cet anonyme avait fait beaucoup parler de lui après avoir mis en ligne des vidéos montrant des gendarmes dans le Nord du Maroc en pleine opération de racket des automobilistes. Une initiative qui avait fortement déplu à la gendarmerie et qui avait valu des ennuis judiciaires à son auteur. Au bruit du sifflet, nous nous sommes donc arrêtés. Il faut le reconnaître, ces gendarmes étaient débonnaires et pleins d’humour. Nous avons parlé de la pluie et du beau temps, de la bonne récolte agricole et bien sûr, ils ont tenté leur chance. S’est alors engagé, en toute franchise, un débat sur la réalité de la corruption au Maroc. « C’est aussi au citoyen de la refuser et de ne pas céder à la facilité » hasardais-je. Devant mon obstination, les deux compères se sont inclinés avec le sourire et nous ont laissés partir, lançant à mon ami : « C’est une avocate coriace ! »