Mais une fois franchi le portillon de sécurité du TSSL, une nouveau monde commence. Quadrillé, léché, maîtrisé celui-là. Au milieu, une longue allée goudronnée, bordée de bandes de pelouse tondue ras. A gauche, le TSSL proprement dit, qui a pris ses quartiers dans le bâtiment le plus moderne de Freetown, construit pour l’occasion. A droite, derrière un portail bleu, le centre de détention, où sont enfermés les huit chefs rebelles jugés et condamnés pour les crimes qu’ils ont perpétrés à partir de 1996, pendant la deuxième partie de la guerre (1991-2002). Puis, strictement alignés, des baraquements tous semblables qui font office de bureaux et donnent à cette enceinte un air de banlieue résidentielle américaine.

Aux antipodes, ces deux mondes séparés par de longs murs communiquent pourtant. A l’exception de quelques huis-clos, les audiences du TSSL, qui ont démarré en 2004, étaient publiques. Au début, l’assistance était nombreuse, curieuse de voir un spectacle absolument inédit en Sierra Leone : les seigneurs d’hier à la barre, sommés de rendre des comptes. Aujourd’hui, les procès in situ sont terminés - reste encore une possibilité d’appel pour trois des huit condamnés -, mais les Sierra-Léonais n’ont pas oublié le TSSL. Ils savent que les chefs rebelles ont écopé de lourdes peines (15 à 50 ans de prison pour 5 des 8 accusés, les 3 autres attendant encore d’être fixés ) et avancent que cet exercice de justice a permis de mettre un terme à l’impunité. Autre qualité que les juristes reconnaissent à l’institution : dans un pays où le non-droit était la norme, il a insufflé un début de culture juridique.

Tout cela, le TSSL, créé conjointement par l’Etat sierra-léonais et les Nations unies, ne l’aurait probablement pas fait s’il avait été installé sur un autre territoire, en Afrique ou ailleurs. Avec lui se vérifie ce que beaucoup des chantres de la justice pénale internationale reconnaissent : si elle ne doit pas obéir à la théorie des climats, la justice est plus efficace quand elle est rendue dans le pays concerné. Reste le problème de la sécurité, qui explique pourquoi le procès de l’ex-président du Liberia Charles Taylor, actuellement jugé par le TSSL pour avoir soutenu l’une des rébellions, a été délocalisé à La Haye.