Et puis, il y a l’autre Maroc, celui que les récentes inondations qui ont frappé le pays ont mis au centre de l’actualité. Le Maroc rural, où vit encore 45% de la population, et qui a subi de plein de fouet la vague de froid et les intempéries exceptionnelles de cet hiver. Les photos de la plaine du Gharb, noyé sous les eaux, avaient de quoi surprendre. Celles des villages du Moyen Atlas, montrant des populations transis de froid et complètement isolé du reste du monde du fait des chutes de neige, ont ému toute la société marocaine. Si les agriculteurs ont commencé par se réjouir de cette exceptionnelle pluviométrie, ils comment aujourd’hui à déchanter. Complètement inondées, certaines cultures ont pourri et l’impossibilité des récoltes a fait monter en flèche le prix des légumes. Au marché central de Rabat, on n’avait jamais vu ça : le prix du kilo de pommes de terre a atteint les 12 dirhams ! Et sur les étals de poissons c’est le même refrain, les pêcheurs n’ayant pas pu sortir en mer en raison des tempêtes.
Mais devant le désastre des maisons détruites, des villages dévastées, l’aide publique a tardé à parvenir. La population s’impatiente et réclame du chauffage, de la nourriture et des moyens pour reconstruire les maisons qui se sont écroulées. Fin février, dans les régions de Beni-Mellal, d’Al Hoceima, de Khnichet, les villageois, femmes et enfants compris, ont entamé des marches de plusieurs kilomètres pour rejoindre les villes voisines et crier leur détresse. Du côté des autorités, on rappelle que d’importants moyens ont été mobilisés pour acheminer l’aide. Mais dans les douars du Maroc profond, qui sont restés isolés pendant plusieurs semaines, les populations se sont retrouvées les otages des spéculateurs qui ont fait flamber les prix des denrées et du bois de chauffage.
A quelques mois des élections communales, il semble plus que jamais essentiel de combler le fossé qui se creuse entre un axe atlantique qui se développe à grand train et un Maroc rural laissé à l’abandon.