J’accepte avec enthousiasme. Nous nous retrouvons le lendemain aux abords du complexe sportif Mohammed V. La police est omniprésente. Le hooliganisme a défrayé la chronique ces dernières semaines, à Casa. Mais le public est bon enfant. C’est la cohue devant les guichets. La vente a commencé avec du retard, mais des petits malins s’aventurent jusque dans les files d’attentes, à un ou deux mètres du guichet, pour proposer des billets du marché noir. Décidément, au Maroc, l’informel est roi, j’en ai une confirmation supplémentaire.

Devant la porte 3, le service d’ordre est nerveux. Impossible d’accéder à la tribune d’honneur. Une foule bigarrée s’est agglutinée devant l’entrée et les stadiers sont débordés. Finalement, une escouade de policiers débarque sans crier gare et commence à distribuer des gifles. Nous jugeons plus prudent de ne pas insister et de bifurquer vers la porte 1 pour ne pas rater le début de la rencontre.

Nous trouvons une place en gradins. Les sièges sont crasseux. Un pylône bouche une partie de la vue. Le stade aurait besoin d’un sérieux coup de lifting. Mais l’ambiance est là. Pendant de longues minutes, supporters du Raja et du Wydad, les deux grands clubs rivaux de Casablanca s’invectivent et se chambrent en chantant. Ils sont disposés de part et d’autre du terrain. Nous sommes assis avec les « rouges Â», côté « WAC Â». Mon ami assiste au spectacle, impavide : lui est fan des FAR de Rabat, et tout cela lui passe au-dessus de la tête…

A la mi-temps, surprise : la fanfare de la marine donne un récital d’une quinzaine de minutes, pendant qu’un petit jongleur parcourt le terrain de long en large. L’intermède, un chouia rétro, est agréable. Ça change des publicités pour la World Company crachées par les hauts-parleurs du Stade de France… Et le match dans tout ça ? Poussif en première mi-temps, conclué sur un score nul et vierge. Privés de l’emblématique Nedved, qui a pris sa retraite, et de Rosicky, blessé, les Tchèques n’ont pas forcé. Les Marocains ont paru un peu empruntés au début. Manque d’automatismes. Certains étrennaient leur première sélection. Venus des Pays-Bas, de Belgique, d’Angleterre, de France, issus de la diaspora, ces lionceaux de l’Atlas, très attendus par un public de connaisseurs, n’allaient cependant pas tarder à laisser entrevoir de belles promesses. Techniques, vifs, parfois tricoteurs, ils ont donné le tournis aux défenseurs tchèques sur une ou deux éclairs, initiés le plus souvent par le virevoltant Boussoufa, à gauche. Dommage de les voir, presque à chaque fois, s’enferrer dans l’axe au lieu de percer sur l’aile pour centrer en retrait. Chaque geste, chaque accélération, chaque tir de Mounir El Hamdaoui, le meilleur buteur de Hollande, était ponctuée de « Oh Â» et de « Ah Â» d’admiration. La nouvelle star, c’est lui. Mais c’est en seconde période, après l’entrée tonitruante de Laaraichi, El Ahmadi, et surtout Taarabt, le joueur de Tottenham, que les coéquipiers de Dirar et Kharja, auteurs, tous deux d’une excellente prestation, allaient montrer l’étendue de leur talent. Sans toutefois parvenir à marquer.

Au final, 0 à 0, mais deux tirs sur la barre pour les Lions de l’Atlas, une foule d’occasions manquées, et de jolies promesses. Boussoufa, remplacé à 5 minutes de la fin, a reçu une standing ovation à donner la chair de la poule. Et le public est reparti emballé par son équipe. Encore un peu tendres, les Marocains auront fort à faire face au Cameroun, en éliminatoires de la Coupe du monde 2010. Mais sait-on jamais…