Il semble bien que l’émission que le chauffeur écoutait avec une attention saisissante s’appelle le «Tribunal du peuple» ! Tous mes sens désormais en éveil, je me renseigne. Comment est-ce possible, mais de quoi y est-il question ? Qui est-ce qu’on peut bien juger à la radio ?

Pour toute réponse, le chauffeur, qui ne voulait pas perdre une miette de son émission favorite pointe le transistor d’un index insistant. Écoutez plutôt un extrait : « Aujourd’hui, nous recevons l’élève Nunuche du Lycée Machin. Sur cette même antenne la semaine dernière, elle dénonçait l’enseignant X, de l’avoir engrossée. Puisqu’il nie les faits, Eh bien aujourd’hui, nous allons demander à la régie de composer le numéro de son épouse. Allez on y va. Allo…  Â» L’empoignade téléphonique entre la lycéenne effrontée et l’épouse bafouée dure plusieurs minutes insoutenables. Alternant entre relances vachardes et petits rires égrillards, les animateurs mènent les « débats Â».

Vite, un autre sujet. « Mesdames messieurs, nous allons vous dévoiler le vrai visage de Monsieur Untel, directeur général de l’office du Bac. Il a licencié Madame Z pour des raisons de… Â»

Avec ses animateurs qui l’empruntent autant à Julien Courbet qu’à l’inspecteur Columbo, l’émission, je m’en rendrai compte les jours suivants, est très écoutée, à la consternation de l’élite politico-administrative et de la presse « sérieuse Â». Voilà enfin en Å“uvre un tribunal privé au service du peuple spolié qui crie vengeance ! Pour l’instant, les magistrats n’ont pas dénoncé cette concurrence déloyale…