Le premier patient est tailladé en tout sens, l’arme du crime est un pot de confiture, et les circonstances, une beuverie qui tourne mal. Pendant 24 heures, prenant à peine le temps de boire ou de manger, le personnel, héroïque, se démène au milieu de dizaines de corps sanguinolents et de plaintes lancinantes. Les patients attendent des heures, même ceux qui portent sur le front un autocollant rouge mentionnant l’urgence de leur cas, font la queue comme tout le monde. Un seul médecin et des internes, inexpérimentés et confrontés à des cas qui pour la plupart relèvent d’une lutte de derniers instants entre la vie et la mort.

Viols, tentatives de meurtres accidents de la route, le quotidien des urgences est le reflet de la violence qui mine la société sud-africaine en guerre avec elle même, une société qui vit encore profondément le traumatisme d’années d’apartheid.

« On nous a dit pendant des années que nous n’étions pas des hommes, pas vraiment. Lutter contre la violence c’est d’abord regagner le respect de nous mêmes en tant qu’Homme, en tant que Noir Â», m’expliquait un jour un ami sud-africain.

Je suppose que l’un des prochains épisodes de la série d’Al-Jazeera sera consacré aux maladies infectieuses. Avec la criminalité, le Sida est l’autre grand fléau qui mine l’Afrique du Sud. Finalement à travers cet hôpital, ses patients mais aussi son personnel, la chaîne qatarie nous dresse un portrait de toute une société, encore bien malade de son passé.