Angola, victime collatérale
L’hyper médiatisation de l’Angolagate - avant même le commencement du procès, le 6 octobre dernier - aurait-elle fait une « victime collatérale » : l’Angola ? Pays ravagé par la guerre, corrompu par son pétrole, spolié par ses élites, symbole d’une Françafrique aussi perverse que prédatrice : c’est cette image qui va hanter les rédactions du monde comme l’imaginaire occidental pendant les cinq mois à venir… Après tout, il n’y a pas de fumée sans feu, non ?
Et pourtant, l’Angola a bien changé… Et ne mérite pas – en tout cas pas plus qu’un autre pays – l’image réductrice qui lui colle à la peau. Voici quelques impressions glanées au cours d’un voyage à Luanda, début septembre, montrant l’incroyable vitalité d’un pays qui renaît de ses cendres.
Et pourtant, l’Angola a bien changé… Et ne mérite pas – en tout cas pas plus qu’un autre pays – l’image réductrice qui lui colle à la peau. Voici quelques impressions glanées au cours d’un voyage à Luanda, début septembre, montrant l’incroyable vitalité d’un pays qui renaît de ses cendres.
Vol SN Bruxelles-Luanda : dans la salle d’embarquement, l’ambiance a de quoi surprendre pour un voyage vers l’Afrique subsaharienne. Une soixantaine de Chinois, déjà en bleu de travail, patientent sagement. Parmi eux, une seule femme. Elle doit visiblement sa place au fait que les hommes sont moins agressifs avec une présence féminine à leurs côtés. J’apprendrai qu’ils sont entre 80 000 et 100 000 dans le pays, affectés durant de longs mois sur de gigantesques travaux d’infrastructures : routes, ponts, immeubles, et parfois même des villes entières…
Mais les vols à destination de Luanda ne sont pas fréquentés que par des Chinois. Il y a des hommes d’affaires de toutes nationalités, des étudiants angolais, des ingénieurs et… des capitaines au long cours. C’est l’anecdote que m’a racontée un confrère de RFI : le capitaine d’un navire de marchandises, rencontré dans un avion, lui avait expliqué qu’il rentrait voir sa famille pendant quelques mois, le temps que son navire soit admis à décharger… A l’heure ou ces lignes sont écrites, le temps d’attente dans le port de Luanda est estimé à deux mois. Car tout, ou presque, de ce qui est consommé en Angola est importé. A grand frais.
Luanda n’est donc pas une ville pratique : tout est horriblement cher. Dans le centre, le moindre studio coûte entre 10 000 et 15 000 dollars par mois (la deuxième monnaie avec le kwanza), et la pension la moins chère est à 100 dollars par nuit. Et une désagréable surprise attend le visiteur dès l’arrivée à l’aéroport de Luanda : pas de taxi. Les deux compagnies existantes ont fait faillite. Certes, on peut louer une voiture avec chauffeur pour 300 ou 400 dollars par jour. Mais c’est un peu cher pour rejoindre son hôtel… même s’il faut s’estimer heureux d’en avoir un : certains sont réservés jusqu’à trois ans en avance (oui, vous avez bien compris) ! Par bonheur, une famille angolaise très sympathique se propose de m’accompagner jusqu’au centre ville.
Habitué à l’Afrique « non pétrolière », je reste éberlué, sans voix devant le défilé des véhicules. Quelques jeunes Angolais friment et font chauffer le bitume avec des motos de sport aux couleurs vives, avec les filles en jean moulant accroupies à l’arrière, comme dans un film américain. Il y a aussi des quads à profusion ainsi qu’une incroyable concentration de 4x4 de luxe. Leur nombre – et leur taille – sont impressionnants : des Chevrolet (Avalanche et Escalade étant les modèles les plus prisés), des Mercedes et des Hummer aux vitres teintées et aux jantes mirobolantes passent avec autant de mépris pour les piétons que de peur pour les attaques à main armée.
Car la sécurité – la grande absente des thèmes de campagne lors des dernières élections législatives – reste un problème majeur à Luanda. D’autant que 5 millions d’armes sont encore en circulation dans le pays… Ceci dit, je n’ai pas loué de véhicules, et j’ai circulé à pied pendant une semaine sans que rien ne m’arrive. Mais il est vrai que je ne me suis pas éloigné du centre…
Au final, ce qui m’a le plus surpris – et le plus séduit - à Luanda, c’est le nombre et la qualité des journaux angolais qu’on y trouve, à chaque coin de rue ou presque. Cinq ou six titres, complètement indépendants, luttent chacun à leur façon pour faire accepter l’esprit de contradiction à un pouvoir beaucoup moins monolithique qu’on ne croit. William Tonet, directeur de Folha 8, un des hebdomadaires les plus lus et les plus critiques vis à vis du pouvoir – tirant à environ 60 000 exemplaires tout de même ! – confirme, avec un sourire : « beaucoup de nos informations viennent de l’intérieur du MPLA (parti du président José Eduardo dos Santos). Mon père est un des fondateurs de ce parti et moi même, j’ai négocié pour ce dernier les accords de New-York avec l’Unita, en 1988… Mais cela n’empêche pas notre journal d’être dans la ligne de mire du pouvoir, bien au contraire : nous avons 69 procès pour diffamation… »
Bref, il suffit d’aller faire un tour à Luanda pour comprendre qu’ il y règne – eh oui ! - une vitalité démocratique beaucoup plus forte que dans de nombreux pays, en Afrique ou dans le reste du monde… Si la liberté de la presse reste relative, les progrès sont indéniables et les journalistes sont un des piliers de la démocratisation en cours.
C’est aussi grâce à la presse luandaise que le voyageur peut percevoir cette « réalité angolaise » qu’il n’a pas le temps d’aborder lors de son trop bref séjour dans le centre de la capitale. Il y a celles – plus que difficiles - des musseques (les bidonvilles de la périphérie de Luanda) ou encore de l’intérieur du pays… Réalités de l’autre Angola, difficile d’accès, que je vous décrirai à l’occasion d’un prochain voyage…
Mais les vols à destination de Luanda ne sont pas fréquentés que par des Chinois. Il y a des hommes d’affaires de toutes nationalités, des étudiants angolais, des ingénieurs et… des capitaines au long cours. C’est l’anecdote que m’a racontée un confrère de RFI : le capitaine d’un navire de marchandises, rencontré dans un avion, lui avait expliqué qu’il rentrait voir sa famille pendant quelques mois, le temps que son navire soit admis à décharger… A l’heure ou ces lignes sont écrites, le temps d’attente dans le port de Luanda est estimé à deux mois. Car tout, ou presque, de ce qui est consommé en Angola est importé. A grand frais.
Luanda n’est donc pas une ville pratique : tout est horriblement cher. Dans le centre, le moindre studio coûte entre 10 000 et 15 000 dollars par mois (la deuxième monnaie avec le kwanza), et la pension la moins chère est à 100 dollars par nuit. Et une désagréable surprise attend le visiteur dès l’arrivée à l’aéroport de Luanda : pas de taxi. Les deux compagnies existantes ont fait faillite. Certes, on peut louer une voiture avec chauffeur pour 300 ou 400 dollars par jour. Mais c’est un peu cher pour rejoindre son hôtel… même s’il faut s’estimer heureux d’en avoir un : certains sont réservés jusqu’à trois ans en avance (oui, vous avez bien compris) ! Par bonheur, une famille angolaise très sympathique se propose de m’accompagner jusqu’au centre ville.
Habitué à l’Afrique « non pétrolière », je reste éberlué, sans voix devant le défilé des véhicules. Quelques jeunes Angolais friment et font chauffer le bitume avec des motos de sport aux couleurs vives, avec les filles en jean moulant accroupies à l’arrière, comme dans un film américain. Il y a aussi des quads à profusion ainsi qu’une incroyable concentration de 4x4 de luxe. Leur nombre – et leur taille – sont impressionnants : des Chevrolet (Avalanche et Escalade étant les modèles les plus prisés), des Mercedes et des Hummer aux vitres teintées et aux jantes mirobolantes passent avec autant de mépris pour les piétons que de peur pour les attaques à main armée.
Car la sécurité – la grande absente des thèmes de campagne lors des dernières élections législatives – reste un problème majeur à Luanda. D’autant que 5 millions d’armes sont encore en circulation dans le pays… Ceci dit, je n’ai pas loué de véhicules, et j’ai circulé à pied pendant une semaine sans que rien ne m’arrive. Mais il est vrai que je ne me suis pas éloigné du centre…
Au final, ce qui m’a le plus surpris – et le plus séduit - à Luanda, c’est le nombre et la qualité des journaux angolais qu’on y trouve, à chaque coin de rue ou presque. Cinq ou six titres, complètement indépendants, luttent chacun à leur façon pour faire accepter l’esprit de contradiction à un pouvoir beaucoup moins monolithique qu’on ne croit. William Tonet, directeur de Folha 8, un des hebdomadaires les plus lus et les plus critiques vis à vis du pouvoir – tirant à environ 60 000 exemplaires tout de même ! – confirme, avec un sourire : « beaucoup de nos informations viennent de l’intérieur du MPLA (parti du président José Eduardo dos Santos). Mon père est un des fondateurs de ce parti et moi même, j’ai négocié pour ce dernier les accords de New-York avec l’Unita, en 1988… Mais cela n’empêche pas notre journal d’être dans la ligne de mire du pouvoir, bien au contraire : nous avons 69 procès pour diffamation… »
Bref, il suffit d’aller faire un tour à Luanda pour comprendre qu’ il y règne – eh oui ! - une vitalité démocratique beaucoup plus forte que dans de nombreux pays, en Afrique ou dans le reste du monde… Si la liberté de la presse reste relative, les progrès sont indéniables et les journalistes sont un des piliers de la démocratisation en cours.
C’est aussi grâce à la presse luandaise que le voyageur peut percevoir cette « réalité angolaise » qu’il n’a pas le temps d’aborder lors de son trop bref séjour dans le centre de la capitale. Il y a celles – plus que difficiles - des musseques (les bidonvilles de la périphérie de Luanda) ou encore de l’intérieur du pays… Réalités de l’autre Angola, difficile d’accès, que je vous décrirai à l’occasion d’un prochain voyage…
Commentaires
1. Le vendredi 24 octobre 2008 à 11:43, par Politique
2. Le lundi 8 juin 2009 à 12:38, par socrates
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