C’est qu’ici la Poutine est une institution culinaire. Frites et fromage en grains de cheddar frais, le tout baignant dans une généreuse sauce brunâtre chaude, faisant vaguement penser à cette « sauce barbecue Â» servie dans certains fast-foods. Les amateurs la préfèrent quand le fromage, ramolli mais pas fondu, fait kouick-kouick quand il entre en contact avec les dents. Son nom serait une déformation de pudding. Elle a ses restaurants spécialisés. Et même son festival annuel, à Drummonville. Il a réuni 16 000 personnes cet été.

Roborative, la Poutine a de multiples usages. Elle peut faire office d’encas hyper-calorique, qu’on avale avant un match de hockey. Ou de Kebab sans viande. On n’aurait rien trouvé de meilleur pour éponger l’alcool, après une soirée bien arrosée. Julien, étudiant français inscrit depuis 4 ans à l’université Laval (Québec), n’a jamais réussi à s’y faire. « J’envisage sérieusement d’y faire ma vie dans ce pays. Mais j’ai beau essayer, la Poutine, ça ne passe pas ! Mes gènes bourguignons sans doute. J’en ai mangé malgré tout : on m’a expliqué que c’était le plat national. Au début, j’ai cru à une plaisanterie. Et bien je peux vous assurer que non. J’espère que cette histoire ne va pas compromettre mon intégration ! Â»

On ne lui souhaite pas. Sans le faire exprès Julien a pourtant pointé du doigt un sérieux problème. Contrairement à Roch Voisine, Garou, Céline Dion, Natasha Saint-Pierre ou Isabelle Boulay, contrairement à Robert Charlebois et ses excellentes bières artisanales sur lie, la Poutine a du mal à l’export sur ce qui devrait être son débouché naturel : la France. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Un chef canadien a mis au point une Poutine au foie gras. Pas mal du tout aux dires des spécialistes. Et on raconte qu’un restaurateur audacieux aurait même tenté la recette d’une Poutine au chocolat… Beurk ?

Bon, c’est vrai, pas sûr que ça cartonne en France. Mais en Allemagne, pourquoi pas ? Après tout, nos amis d’Outre-Rhin ont bien inventé la glace aux spaghettis…