Depuis l’accord de Ouagadougou signé en mars 2007, beaucoup d’eau a coulé sous le pont Charles de Gaulle, comme dans la mare aux Crocodiles de Sabou. Intronisé grand chef traditionnel ivoirien en mai, Blaise Compaoré, doyen des Chefs d'Etat d'Afrique de l'Ouest depuis le décès du général Gnassingbé Eyadéma en 2005, campe dans son rôle de sage en prodiguant inlassablement ses conseils en médiations et pacifications. Son homologue et vieille connaissance Laurent Gbagbo a effectué en juillet une visite historique au Burkina. Quant à la venue d’autorités ivoiriennes à Ouaga, elle est quasi hebdomadaire, qui se mêle aux multiples déplacements de délégations ou au rapprochement historique survenu entre le Congrès pour la démocratie et le Progrès (CDP) et le Front Populaire Ivoirien (FPI).

Mais les signes de paix passent aussi et surtout par les grands hôtels de la ville. C’est ainsi qu’en ce début de mois, le président du FPI et ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan s’est retrouvé nez à nez au Libya Sofitel de Ouaga 2000 avec son homologue Sidiki Konaté, ministre du Tourisme et de l’Artisanat, ancien porte-parole de Soro lorsque ce dernier n’était encore qu’un « petit rebelle Â». Amadou Koné, l’actuel porte-parole du gouvernement ivoirien devisait avec le staff du parti de Gbagbo pendant que Boureïma Badini, représentant du « facilitateur Â» échangeait autour d’un verre avec Albert Toikeusse Mabri, président de l’Union pour la démocratie et pour la paix en Côte d’Ivoire (UDP-CI). Les ennemis d’hier ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Prompts aux égards, ce sont à nouveau des frères.

Et à un journaliste de lancer : « Compaoré rechercherait le prix Nobel de la Paix qu’il ne s’y prendrait pas autrement… Â». Compaoré, lauréat de la prestigieuse récompense dans le sillage de Nelson Mandela ? Un scénario inimaginable mais qui serait à n’en pas douter soutenu à fond par les Ivoiriens. A moins que, selon l’un de ses conseillers, le chef de l’État burkinabè ne se contente du prix Félix Houphouët-Boigny pour la paix…

A bon entendeur.