Le discours du Cap ne fut pas la prise de la Bastille, loin s’en faut. Mais il faut reconnaître au chef de l’Etat français d’avoir admis, implicitement, les erreurs faites à Dakar huit mois auparavant (je ne vous refais pas la polémique qui a suivi le discours alors prononcé, vous connaissez le sujet par cœur).

Il a parlé investissements, réels intérêts de la France en Afrique et renégociation des accords de défense (même si son passage, la veille à N’Djaména a quelque peu brouillé le message).

Ces analyses-là, vous les avez déjà lues – et les lirez bientôt – dans Jeune Afrique
(n°2460 et n°2461). Tous les journalistes sérieux qui étaient dans le sillage du président ont d’ailleurs déjà tartiné à l’envi sur le sujet dans leurs publications respectives.

Les journalistes sont sérieux, donc. Mais, comme tout un chacun, ils sont aussi d’autant plus ironiques et sarcastiques qu’ils dorment trois heures par nuit, dans des avions au confort parfois douteux. Yeux grand ouverts et oreilles alertes, suivant le président à la trace, ils emmagasinent un tas d’informations qu’ils n’écrivent jamais.

Et, dans l’A310 qui leur est réservé, se racontent ce qu’ils ont vu et entendu. De quoi remplir les colonnes de quatre numéros du Canard enchaîné…

Ainsi, Sarkozy a-t-il buté trois fois sur le nom de l’opposant tchadien qu’il est officiellement venu libérer. Ainsi a-t-il donné des chiffres abracadabrantesques sur le nombre de partis politiques au Tchad.

Beaucoup moins grave, mais fort rigolo, on l’a entendu, alors qu’il quittait une salle, entouré de gardes du corps, de badauds et de journalistes, retourner vers sa nouvelle épouse et l’appeler… "Cécilia" (le prénom de l’ex).

Dernier lapsus, si ce n’est révélateur, en tout cas malvenu : s’adressant à la communauté française de Johannesburg, lors d’une sauterie organisée en son honneur, il parle des courageux Français qui vivent loin de… la "métropole" !

[métropole, n.f., (XVIIIè) État considéré par rapport à ses colonies, aux territoires extérieurs. Petit Robert].

Le nouvel élan à donner aux relations entre la France et l’Afrique passera aussi par un sérieux nettoyage du vocabulaire.