Tout ce monde-là cohabite dans une saine exubérance et si les Burkinabè ne sont pas coutumiers de la neige – encore que le réchauffement climatique réserve désormais quelques surprises – la poudreuse tombe abondamment dans l’imaginaire de chacun.

A plus de 6.000 kilomètres de l’Europe, ce mimétisme rococo sous un soleil de plomb ne manque ni de piquant ni de drôlerie. Il pousse même jusqu’à la caricature chez les vendeurs taïwanais où les articles à la couleur criarde côtoient une kyrielle de sapins confectionnés dans un plastique douteux.

A Ouaga, comme ailleurs, Noël est un vrai business. Et comme ailleurs, le champagne et le vin rouge pour les uns, la Flag pour les autres, couleront à flot.

Nul ne sait en revanche si cette parodie tropicale poussera toujours certains autres à se faire livrer du foie gras et des huîtres par avion réfrigéré en provenance directe de France... scène à laquelle j’ai assisté lorsque je vivais à Ouaga, il y a douze ans.

A ces préparatifs-là, j’ai finalement toujours préféré le Noël burkinabè. Car celui-ci existe. Son Père Noël n’est, certes, pas plus Noir que ceux des devantures et des étals, mais il est moins obscène et c’est déjà beaucoup.

Pour ce Noël donc, beaucoup de Ouagalais ont pour habitude d’installer au seuil de leur maison une crèche confectionnée avec soin et raffinement. Cela, dit-on, porte bonheur.

Les maisons seront décorées avec les moyens du bord mais sans faute de goût. Dans toute la ville, les enfants mèneront des batailles de pétards au point de laisser penser qu’un coup d’Etat est en cours. Les plus croyants ne manqueront pas la messe à la cathédrale que l’ancien colonisateur n’a jamais pris la peine d’achever.

Enfin, dressées sur leur char telles de fières amazones, les Ouagalaises rivaliseront d’élégance pour converger vers de vrais maquis afin d’y déguster la vraie cuisine locale aux sons d'une musique non moins burkinabè.