Je passe ensuite à l’essentiel, c’est-à-dire au poulet. Mes doigts se saisissent de la barquette encore chaude, la déchirent. Que vois-je ? Des pâtes. Et le poulet ?

Je me dis que l’aile ou la cuisse de la volaille doit certainement se cacher sous les pâtes. Ma fourchette s’enfonce dans la barquette. Elle fouille, trifouille, avant de ressortir. Le bilan n’est pas flatteur : quatre petits morceaux de poulet, pas un de plus ! J’enrage.

D’autant plus qu’en septembre, voyageant dans un avion d’Ethiopian Airlines entre Addis-Abeba et Nairobi, on m’avait déjà donné une barquette qui contenait… quatre frites ! C’est sans doute la mode en ce moment.

Le ventre à moitié plein, les lumières de la cabine éteintes, il faut se reposer. Comme disent les Kinois, je décide de dormir comme un boa : un œil bien fermé et l’autre bien ouvert ! Avec ces avions, on ne sait jamais.

Je veux surtout surmonter cette "angoisse nègre" dont parle Aimé Césaire à propos de son ami Léon-Gontran Damas. Mais curieusement, mon mal de l’air habituel n’est pas venu me rendre visite !

Une heure et demie avant l’atterrissage à Bruxelles, mon sixième sens me tire du sommeil. Heureusement, car le petit déjeuner est servi aussitôt après. Pain, beurre, jus d’orange, confiture, yaourt…

Je les examine les uns après les autres. Surprise, ils sont tous made in Kenya ! Mes instincts panafricanistes se réveillent alors et j’avale ces merveilles avec appétit.

Tranquillisez-vous, docteur, je n’ai pas touché au beurre. Hakuna matata.