On nous fait donc entrer dans un salon décoré avec soin, sans luxe tapageur, loin du style outrageusement chargé des pays d’Afrique centrale. Les tables basses sont agréablement garnies. De vases, de plantes tropicales, de fins bibelots, de discrètes statuettes Fangs. Les couleurs sont choisies et harmonieuses. Au-dessus des canapés en cuir beige, les écrans plasma diffusent des reportages animaliers. Tout est donc propice au repos. N’eut été une climatisation bien trop forte en cette saison des pluies.

Soudain, à midi, un brouhaha assourdissant s’empare des lieux et rompt notre lassitude. On se lève, on s’active. Le calme fait place à une agitation fébrile. Surgit un garde du corps puis deux, trois, quatre… ils sont une dizaine - Marocains pour la plupart - à assurer la protection du chef de l’un des Etats les plus convoités du golfe de Guinée.

Entouré d’un imposant protocole et des membres du gouvernement, ce dernier pénètre dans le hall pour s’engouffrer aussitôt dans un petit salon privé. Dix minutes passent. Nous sommes autorisés à entrer. Après une dernière fouille, on nous annonce que nous disposons de… 5 minutes.

Nous voilà seuls avec le chef de l’Etat. Ni directeur de cabinet, ni conseiller. La posture est droite dans un costume impeccable et la poignée de main cordiale. Nous faisons le tour de l’actualité.

L’Onu ? « Je vais y faire un discours sur la forêt. Je crois que nous avons une légitimité pour en parler !».

Les bases américaines dans la région ? « Nous n’en voulons pas ! Il n’y a pas de terrorisme chez nous ».

Le franc CFA ? « Si d’aventure il était dévalué, nous quitterions cette zone ! ».

La prochaine conférence économique de Bata ? « La première depuis 10 ans ! ».

La Guinée Equatoriale dans la Cemac ? « Nous souhaitons peser plus ! ».

Puis les questions sensibles. « Pourquoi votre pays est-il si mal perçu en matière de droits de l’homme ? ». Ni raidissement, ni esquive. Posé, dans un français très clair, Obiang Nguema répond : « Je l’ignore moi-même. Nous venons même de réhabiliter et moderniser la prison de Black Beach. C’est désormais un hôtel cinq étoiles ! Je vous invite même cordialement à la visiter lors d’un prochain séjour pour vous rendre compte par vous-même du sort réservé à nos prisonniers ! ».

Un bon reportage en perspective. Rendez-vous est pris…