Au bout d’une demi-heure, de plus en plus agacé, je décide de quitter les lieux, toujours accompagné par mon guide, un jeune camarade rwandais. Je lui explique une chose : plus question d’appeler un taxi, c’est à pied que nous allons arpenter les collines de la capitale.

Aussitôt dit, aussitôt fait. L’exercice en vaut la chandelle : il permet de brûler bon nombre de calories. La marche se poursuit et je découvre de nouveaux quartiers.

Mais une chose m’intrigue malgré tout : les regards interrogateurs de la plupart des gens que je croise. Même ceux qui roulent dans de belles voitures manifestent la même curiosité.

N’en pouvant plus, je demande à mon guide de me dire ce qui se passe. Le plus tranquillement du monde, il me donne une réponse inattendue : « Tu n’as pas compris ? Les gens se posent beaucoup de questions sur ton compte. Pour eux, avec ton costume en lin, tes lunettes, ton allure, tu es un homme riche. Ils ne comprennent pas pourquoi tu n’es pas au volant de ta voiture. Ils s’imaginent qu’elle est peut-être tombée en panne et que tu vas chercher un mécanicien. Si ce n’est pas le cas, ils sont convaincus que tu fais honte à la classe sociale à laquelle tu appartiens. Â»

Ma première réaction a été un énorme éclat de rire. Riche, moi ? Allons, donc ! Depuis quand l’habit fait-il le moine ?

Camarades riches de Kigali, faites comme moi : marchez, marchez, je vous en conjure. C’est bon pour la santé.