Farès et Sophia, m’ont donné rendez-vous dans un bar chic de la Soukra, à La Closerie. Nous faisons la fermeture, et mes amis me raccompagnent devant mon hôtel. Farès ne veut pas qu’on fume dans sa voiture, et il fait un peu frais dehors. Si on allait se griller une dernière cigarette à l’intérieur, avant de se dire au revoir ?

Nous descendons de voiture et tombons nez-à-nez avec un pandore, qui montait la garde dans le parking.
- Vous êtes clients ?
- Moi oui, eux non, ce sont des amis, où est le problème ?
- Le problème c’est que les filles ne peuvent pas monter dans les chambres !

Zut, j’avais oublié ce détail ! La Tunisie a beau se proclamer le pays le plus libéral du monde arabe, elle reste d’un puritanisme réglementaire effrayant.

Et il ne viendrait à l’idée de personne qu’une fille puisse monter dans la chambre d’un client juste pour boire un verre ou pour discuter, simplement parce que c’est une amie. Non, c’est forcément une prostituée… L’émancipation de la femme à ses limites !

- Je ne fais qu’appliquer les instructions, s’excuse le pandore, qui à l’air d’un brave type.

De toute façon, nous n’avions pas l’intention de monter dans ma chambre… Nous nous posons dans le hall, à côté de la réception. Il est trois heures du matin, et on se croirait dans un commissariat. Il y a des flics partout. Juste derrière nous, un cerbère, fourbu de fatigue, s’est avachi sur le canapé et ronfle bruyamment.

…Tu Tu Tu Tu Tu Tu Tunisian reggae…

…Cops, sea and sun, cops, sea and sun, sun, sun…

Les paroles d’une chanson du groupe Neshez (ex-TSA), me reviennent. Elles ont été écrites en 1993. Elles n’ont pas pris une ride.